Vers la Célébrité
CHAPITRE 12: Demain est un mystère

Un jour de 1991 où je me trouvais en réunion dans mon bureau de Paris avec le professeur Sun Jiadong, ministre chinois de l'Industrie aérospatiale, j'ai été appelée par mon avocat, Patrick de Watrigant. Intriguée mais naturellement curieuse, j'ai arrangé une visite sur les Champs Elysées pour le ministre – l'inventeur du premier satellite chinois dénommé L'Orient est rouge – afin de pouvoir rencontrer au plus vite mon avocat.

Ling Tsui dans son bureau de Paris avec le ministre Sun Jiadong


Ne sachant pas de quoi il pourrait bien s'agir, je me suis trouvée déconcertée en me faisant présenter par M. de Watrigant un homme, très grand, très ému, français. Son client, explique M. de Watrigant, s'appelle M. Jean Lesbordes, il est entraîneur de chevaux de courses, et se voit contraint par un liquidateur de mettre en vente vingt-six yearlings (des chevaux de 18 mois), quelques chevaux de trois ans et quatre ans, ainsi que des chevaux d'obstacle, l'ensemble formant un lot de quarante-cinq chevaux. Ils appartenaient à un Japonais, M. Sawada, qui avait déposé son bilan.

Jean Lesbordes, gentleman-farmer français



M. Sawada était un milliardaire japonais qui avait donné mission à M. Jean Lesbordes de lui monter une écurie de courses classiques à Chantilly.

Le centre d'entraînement de Chantilly
   
Le château de Chantilly


MM. Lesbordes avait acheté vingt-six yearlings pour lui à Deauville. Dans le lot figurait Urban Sea. Dès son arrivée à l'écurie, M. Lesbordes avait été attiré par son excellent caractère. Elle dormait longtemps et dévorait beaucoup mais elle était très courageuse. Elle est bientôt devenue la favorite de M. Lesbordes. Comme il avait loué l'ancienne écurie de Patrick Biancone (l'entraîneur d'All Along, la célèbre championne de M. Daniel Wildenstein), M. Lesbordes a instinctivement installé Urban Sea dans le box d'All Along.

Découverte d'Urban Sea par Jean Lesbordes

 

Un an après cette installation, quelques-uns des deux ans étaient prêts pour les courses. Mais la faillite menaçait M. Sawada.

Le liquidateur avait décidé de vendre tous les chevaux aux enchères. M. Lesbordes, au désespoir à l'idée de perdre Urban Sea, est allé voir son ami Patrick de Watrigant, pour lui demander de lui trouver un acheteur prêt à prendre la totalité du lot des quarante-cinq chevaux car, disait-il, il y avait un diamant parmi eux. M. Lesbordes semblait complètement atterré, n'ouvrant pas la bouche tout le temps qu'il était assis dans le bureau de Patrick.

M. Lesbordes comparait Urban Sea au plus gros
diamant brut

 

Choix difficile : le diamant ou Urban Sea ?


Mon avocat m'expliquait que l'entraîneur ne voulait pas se séparer de ses chevaux. Il faudrait donc peut-être trouver un moyen de négocier avec le liquidateur pour acheter le lot à un prix raisonnable ? Je n'en avais pas la moindre idée. Acquérir une écurie de course demande beaucoup d'argent. En outre, qui achèterait quarante-cinq chevaux pour n'en retenir qu'un seul de bon ? M. Lesbordes insistait en disant qu'il avait demandé au liquidateur de ne pas diviser ses chevaux. Le mystère s'épaississait. Qu'avais-je à voir avec les problèmes de ce M. Lesbordes ? De ma vie je n'avais assisté à une course de pur-sang. Curieusement, M. de Watrigant insistait sur l'extraordinaire développement représenté par cette chance pour moi, sa cliente chinoise.

Comment M. de Watrigant allait transformer la femme du monde en femme de cheval ?
   
Quelle carrière choisir ?

 

M. Yasuo Hattori (à gauche), vice-président de Seiko et Epson, Mme Tantoco, Ling Tsui et M. Alain-Dominique Perrin, président de la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain


Me mettant un article de magazine sur M. Lesbordes en main, il me remerciait et me demandait de reprendre contact avec lui après lecture. Oubliant mon étonnement, je retournais à mon bureau pour reprendre mon entretien interrompu avec le professeur Sun Jiadong, à qui j'étais incapable de donner une explication à ma brutale disparition.

Ling Tsui avec le ministre Sun Jiadong au site de lancement de Xi Chang


Ce jour-là fut le tournant de ma carrière et a marqué le début de mon aventure dans le milieu des chevaux, qui m'a conduit à posséder la meilleure jument du monde. En y repensant, il y a un aspect mystique dans ce qui s'est passé pour me conduire jusque-là, comme si tous ces événements étaient reliés entre eux. Je n'ai pas bien compris l'ampleur de ma décision, mais me suis sentie poussée par une force invisible à respecter et accepter ce qui avait été accordé à moi par hasard.

La fée m'a touchée de sa baguette magique
   
Le début de mes aventures dans le milieu hippique


Ce n'est que plus tard le soir, le sommeil tardant à venir, que j'ai lu l'article de presse sur la vie de Jean Lesbordes, né à Bordeaux, entraîneur dans le sud-ouest de la France depuis 1968, sans expérience des courses et de l'entraînement des chevaux de courses au départ : sa vie avait des hauts et des bas, plutôt plus de bas que de hauts. A certains moments, M. Lesbordes avait eu faim, ayant préféré donner à manger à ses chevaux ; à en croire le récit, il était plus proche de ses chevaux que des humains. En bref, il vivait pour ses chevaux, et il semblait qu'un fils, Clément, partageait la passion de son père pour les chevaux.

Clément avec Urban Sea
   
Clément avec Urban Sea


C'était en 1986 qu'enfin Jean Lesbordes avait rebondi, en s'établissant à Chantilly pour devenir l'entraîneur d'un certain M. Georges Blizniasky. Après seulement deux saisons, ils avaient pu s'approcher du sommet en 1988 en plaçant leur Boyatino – un ousider complet – à la troisième place derrière Tony Bin et Mtoto dans la plus grande course de plat en France, le championnat européen couru chaque année à Longchamp le premier dimanche d'octobre, – le Prix de l'Arc de Triomphe. L'année suivante, ils réussissaient à gagner le prestigieux Prix du Cadran – le championnat français des chevaux de fond –, avec Trebrook, monté par Eric Legrix. C'est ce succès en groupe 1 qui avait attiré l'attention du flamboyant Japonais, Masahko Sawada.




 
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