THE STAR ET MOI
CHAPITRE 12 : Propriété de l'Irlande

Depuis le Derby Day, M. Oxx semblait viser l'Irish Champion Stakes, patronné par Tattersalls, à Leopardstown en septembre, presque sa priorité pour The Star. Son objectif n'était que trop facile à comprendre à la lumière de l'absence de Sea The Stars dans l'Irish Derby. Après tout, Sea The Stars pouvait bien être élevé et appartenait a une famille Chinoise de Hong Kong mais pour le reste il était en tout Irlandais.

Mon propriétaire est un jeune Chinois
 
Néanmoins je suis un cheval irlandais

 

Il était né et avait été élevé au Haras national irlandais sous la garde et les soins experts de John Clarke. Il était entraîné au Curragh de Kildare par M. Oxx, de la deuxième génération d'entraîneurs irlandais, et avait couru toutes ses courses sous Michael Kinane, le célèbre jockey international qui avait toujours rejeté les offres généreuses de s'établir à l'étranger.

J'étais né et avais été élevé ici au Haras national irlandais
 
J'étais entraîné au Curragh de Kildare par M. Oxx

 

Je courais toutes mes courses sous Michael Kinane, onze fois champion des jockeys Irlandais

 

John Hynes, son fidèle palefrenier est un natif de Galway qui insiste sur le fait de boire la même eau que The Star : il la boit toujours en premier, pour des raisons qu'il vaut mieux laisser a l'imagination.

Voici John Hynes, mon dévoué palefrenier
 
Nous partageons le même seau d'eau

 

Il n'y avait alors en réalité qu'une seule occasion pour le monde des courses irlandais de voir son champion courir sur son terrain natal. L'Irish Champion Stakes était le seul groupe I à courir en Irlande en 2009 auquel The Star était éligible ; c'est pourquoi Leopardstown s'imposait. Néanmoins, il nous fallait toujours compter avec le temps, typiquement variable et capricieux, en Irlande.

Le temps en Irlande, variable et capricieux

 

Je n'aurais pas aimé être à la place de M. Oxx, écartelé entre sa loyauté envers le plus grand champion qu'il ait jamais entraîné et son sens du devoir patriotique. Et tandis que les dieux du temps continuaient à tourmenter le pauvre M. Oxx, en contact permanent avec ma mère, tout aussi soucieuse, il ne pouvait que répéter que Leopardstown était connu par sa remarquable, quasi unique, facilité à produire un bon terrain rapide, même à la suite de lourdes pluies.

Il était du devoir de mon entraîneur consciencieux de promouvoir la race du pur sang irlandaise

 

Au milieu de tout cela, de cette incertitude qui m'était devenue familière, mon travail m'avait appelé à Vancouver, où j'étais plongé dans un projet particulièrement complexe et exigeant. Par la même occasion, ma mère et Christine y étaient arrivées avant moi. Et le jour J qui se rapprochait… Moins de 24 heures avant l'épreuve, M. Oxx appelait ma mère pour lui annoncer que la situation ne s'était pas encore clarifiée. Il avait fait et refait le parcours, espéré et prié que la terre s'assèche suffisamment juste à temps.

Espérant que l'hippodrome de Leopardstown serait sec suffisamment à temps

 

Nous avions alors calculé qu'il me faudrait dix-huit heures de voyage pour atteindre Leopardstown. Je pesais les options : que ce soit par Chicago ou Seattle, j'aurais bien du mal à rejoindre le champ de courses à temps pour voir et accueillir mon Star.

American Airlines avait juste repris son vol direct Chicago-Dublin

 

Comme souvent, c'est ma mère qui a résolu mon dilemme, en me conseillant de rester à Vancouver avec elle et Christine, pensant que si Sea The Stars courait – et gagnait –, sa victoire serait un événement purement irlandais. Ce serait la première et dernière occasion pour l'Irlande d'acclamer le plus grand cheval de course du monde et de fêter un cheval purement irlandais. La présence d'un propriétaire « étranger » ne serait qu'une distraction dans ce cadre.

Si Sea The Stars gagnait, sa victoire serait une fête purement irlandaise
La présence d'un « étranger » avec son iPhone habituel ne serait qu'une distraction du caractère irlandais de Sea The Stars

 

A 27 ans, j'avais mieux à faire qu'à disputer, vu en particulier que je n'étais pas du tout certain de pouvoir arriver à Leopardstown à temps. En outre, ma présence imminente ajouterait une pression inutile de plus sur le pauvre M. Oxx pour faire courir The Star peut-être contre son instinct. Ma mère accorde une grande importance à l'intuition. Elle est même une femme exceptionnelle de ce point de vue, car elle concède que les hommes aussi possèdent et exercent les pouvoirs de l'intuition : ne disait-elle pas en permanence à M. Oxx que ce qu'il trouvait bon pour lui était aussi bon pour nous ?

 

Ma mère m'a appris l'intuition dès mon plus jeune âge
La puissance intuitive de M. Oxx ?

 

Tout cela dictait que je devais assister à la course depuis ma chambre d'hôtel d'un Four Seasons au centre de Vancouver. La raison était très simple. C'était dans ce même endroit qu'avec des amis étudiants de Londres j'avais assisté à la victoire de The Star dans les Beresford Stakes douze mois plus tôt.

 

En tant que Chinois nous suivons le Feng Shui
Notre décorateur devait consulter le maître de Feng Shui avant toute rénovation

 

En vérité, il semblait que cette dernière année de ma vie n'avait tourné qu'autour de mon Star. Mais je ne m'en plaignais nullement. Qu'est-ce qu'une bonne éducation, sinon d'apprendre à apprécier sa bonne fortune ? Ma mère nous avait toujours dit que « hier est histoire, aujourd'hui est un don, et demain est mystère ». Ma sœur et moi avons appris depuis notre enfance comment apprécier ce que nous possédons puisqu'« aujourd'hui est un don », et de ne regretter aucune perte passée puisque c'est déjà de l'histoire qu'on ne peut réécrire.

Savoir apprécier sa bonne fortune
 
Le don d'aujourd'hui

 

En fait, ma joie en l'occurrence, dans la solitude de ma chambre d'hôtel, se limitait aux dieux et à moi-même. Quant à Christine, le Feng Shui lui ordonnait de sortir faire les magasins, une pénitence typiquement féminine. Quant à ma mère, elle ne disait pas ce qu'elle allait faire. C'était son choix, mais je savais qu'elle resterait dans sa maison avec vue sur le port, et suivrait la course sur le site de paris en ligne de William Hill.

Christine, ravie de cet ordre de Feng Shui : shopping !

 

C'est aujourd'hui écrit dans l'histoire : The Star a eu rendez-vous avec son destin irlandais, couvert d'applaudissements à son entrée dans le rond de parade, puis encore à son retour vers le point de départ. Cette fois, Coolmore lui avait opposé cinq rivaux, y compris Fame And Glory, gagnant de l'Irish Derby, et Mastercraftsman, gagnant des Deux Milles Guinées irlandaises. Mais pour The Star, ce n'était qu'autant de champions à écraser au passage dans chacune de sa catégorie.

La foule irlandaise qui applaudit The Star à sa sortie de la piste

 

Par malheur, la connexion à Internet de mon hôtel avait des problèmes, ce qui augmentait ma nervosité devant l'écran où les images étaient confuses. Je devais m'en remettre à la radio, revenant du 21e siècle à l'ère sombre, antérieure à la télévision.

La connexion à Internet de mon hôtel avait des problèmes, me renvoyant à l'ère sombre, antérieure à la télévision

 

Heureusement, je pouvais comprendre que mon Star avait encore une fois remporté un grand succès. En vérité, il semblait qu'il avait vaincu par une bien plus grande longueur que Michael Kinane avait jamais anticipée du plus grand des chevaux qu'il avait jamais monté. Après une tempête d'appels téléphoniques, je suis sorti pour retrouver Christine, adornée de sacs de ses boutiques, pour une fête de frère et sœur : inutile de chercher où. C'est à Vancouver que se trouve la meilleure pizzeria de la terre. Puis, rassasiés de pizza et de Coca-Cola, Christine et moi sommes allés continuer la fête avec notre mère dans sa maison avec vue sur le port.

Sea The Stars a gagné l'Irish Champion Stakes pour son pays, l'Irlande
 
Une pure gloire irlandaise avec tous ses amis irlandais

 

Ce n'est qu'une fois de retour à la maison à Hong Kong que j'ai pu voir et revoir l'Irish Champion Stakes dans le calme, le confort et la continuité en compagnie de ma mère. La vidéo ne faisait que confirmer les impressions de la radio dans ma chambre d'hôtel à Vancouver : The Star n'avait pas seulement vaincu, il avait distancé à la fois Fame And Glory et Mastercraftsman de bien plus grandes longueurs que lors de leurs précédentes rencontres. Mais c'était moins la course que la réception de The Star à son retour qui nous faisait pleurer de joie, ma mère et moi, chaque fois que nous revoyions la vidéo.

Sea The Stars a distancé à la fois Fame and Glory et Mastercraftsman
 
Arrachant nos mouchoirs, repassant la vidéo

 

Même aujourd'hui, quand je rassemble tranquillement mes souvenirs, je trouve difficile d'exprimer le mélange de toutes les émotions produites par cette réception irlandaise. Certes, The Star était bien notre cheval ; il portait nos couleurs. Mais le flot d'émotions, pur, à l'état brut, qui avait salué son retour dans le rond des vainqueurs, entouré par son équipe irlandaise dévouée, en extase, exprimait un cri différent. Sea The Stars n'appartenait plus à un individu, à une famille, à un club, à une élite privilégiée : il était devenu un trésor national – la propriété de l'Irlande.

Sea The Stars était devenu un trésor national – propriété de l'Irlande

 

Cela exprimé, il reste néanmoins un mystère. Si ma mère avait réellement souhaité ma présence à Leopardstown le samedi 5 septembre, elle aurait facilement pu « emprunter » un avion privé à l'un de ses nombreux bons amis, comme Christine et moi en sommes fermement convaincus. Mais elle a choisi de ne pas le faire. Nous savons qu'elle insiste pour maintenir un profil bas, mais pourquoi ? Je ne lui demanderai pas pourquoi, tant il est vrai que de nombreuses questions ne doivent pas être sollicitées, de crainte que la réponse ne soit pas celle qu'on veuille entendre.

Il est mieux pour nous de ne pas connaître les vraies raisons de notre mère



 
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