THE STAR ET MOI
CHAPITRE 1 : L'aventure aigre-douce

Quand notre famille est revenue à quelque chose d’à peu près normal après le succès féérique du Prix de l'Arc de Triomphe, mon père nous a tous choqués en déclarant que nous devrions nous retirer des courses de chevaux.

Mon père s’éloigne des courses hippiques

 

Il insistait sur le fait que l'Arc était le sommet des courses de plat. Nous avions atteint ce sommet, disait-il. Tout le reste ne pouvait être que secondaire. Je comprenais que telle était la philosophie de mon père : il faut toujours avoir quelque chose à espérer.

 

Mon père me disait de ne pas acheter une Rolls Royce Phantom comme première voiture sinon je n'aurai rien à espérer

 

Naturellement, ma mère ne pouvait être d’accord. Urban Sea restait à l’entraînement mais faiblissait. Une de ses jambes la faisait souffrir. Ma mère a refusé de la vendre, craignant que son nouveau propriétaire tente de la faire courir aux Etats-Unis en la bourrant d’analgésiques.

 

Un analgésique

 

Mon père m'a encouragé à reprendre le tennis au cours de mes week-ends, plutôt que de me contenter de Chantilly. Pendant ce temps, ma mère restait occupée - sans aucune expérience préalable, toute seule - à surmonter tous les obstacles pour faire d’Urban Sea une reproductrice.

 

Difficile de passer à travers ?
 
Elle ne pouvait parler qu’à la mer

 

Elle devenait la risée du milieu hippique, et ces snobs d’éleveurs l’appelaient « la Chinoise avec sa jument ». Je pensais que les éleveurs rejetaient ma mère, non par intention malveillante, mais parce que l'élevage a toujours été une discipline transmise de génération en génération, incluant de nombreuses règles.

 

L'amour de ma mère pour Urban Sea l’a aidée à passer par les épreuves
 
Telle que je connais ma mère, je la verrais plutôt comme une femme samurai sur sa jument

 

Pour sa nouvelle entreprise dans l’inconnu, ma mère a loué le haras récemment évacué par son ami et mentor Daniel Wildenstein. Urban Sea est devenu la seule pensionnaire du Haras de Victot.

 

Ma mère et Christine passaient leurs week-ends au Haras de Victot près de Deauville
 
Ling Tsui et le Général Zhang Pin, fils de l’ancien ministre de la défense Zhang Aiping, après une visite à Urban Sea au Haras de Victot

 

Ma mère nourrit un de ses poulains

 

Urban Sea a été dûment saillie en 1995 par Bering, le meilleur étalon français, et le 15 février 1996, Urban Sea a donné naissance à un magnifique poulain, Urban Ocean.

 

Urban Sea et Urban Ocean, les seuls pensionnaires du Haras de Victot
 
Urban Sea et son poulain nouveau-né Urban Ocean au Haras de Victot

 

Urban Ocean, Ling Tsui et Sun Zhongliang, fils du ministre Sun Jiadong
 
Ling Tsui et Urban Ocean

 

Pour la saison de monte 1996, ma mère avait choisi Lammtarra, le vainqueur invaincu du Prix de l'Arc de Triomphe 1995, appartenant à Sheikh Mohammed, pour saillir sa précieuse Urban Sea. Ma mère avait entendu le dicton du monde des courses : « Accouplez le meilleur avec la meilleure et espérez le meilleur. » Elle appliquait juste ce dicton, sans avoir encore aucune connaissance professionnelle profonde.

 

Ma mère avec Urban Sea et sa pouliche Melikah by Lammtarra en 1997

 

Mais mon père en avait assez. Irrité par les remarques au sujet de la «Chinoise et sa jument», mon père vendait Urban Sea pleiue de Lammtarra à un de ses associés. Ce devait être la fin de l'aventure des courses des Tsui. Sauf que ce ne fut pas le cas, et de beaucoup.

 

Le cheval, l’animal favori des dieux
 
Comment ma mère aurait-elle pu tourner le dos à ces merveilleuses créatures ?

 

Ma mère, dans l’impossibilité d’abandonner sa passion, a créé une entreprise et racheté en secret Urban Sea pour une grosse somme d'argent.

Argent ou énergie maternelle ? Ma mère comparait argent et énergie

 

Urban Sea rejoignait la famille Tsui mais mon père devait ignorer ce qu’avait fait sa femme.

Bienvenue à la maison, Tom et Jerry
 
Qu’a fait ma femme ?

 

Tout comme pour Christine et moi, notre mère voulait le meilleur pour Urban Sea. Le « meilleur » dans ce cas était le fabuleux Sadler’s Wells, étalon champion et père de champions. C'est ainsi qu’Urban Sea traversait la mer d'Irlande pour l'Irlande - le pays du cheval - dans un haras du comté de Tipperary.

 

L’Irlande, le pays du cheval
 
Sadler’s Wells, étalon champion et père de champions

 

Alors a commencé un « dialogue de sourds ». Ma mère avait appris l'anglais dans ses années d'université, mais l'accent dans le pays du cheval était très différent de l'anglais standard. Le haras était une entreprise internationale où l’« irlandais » était la langue commune, ce qui était au-delà de la compréhension de ma mère, en particulier les termes inconnus et compliqués du vocabulaire de la reproduction. Le personnel ne parlait pas français non plus, et il était vain d'espérer un traducteur chinois. Ayant eu beaucoup de mal à se faire comprendre des éleveurs français, elle trouvait maintenant en face d’elle leurs collègues irlandais ! Ma mère me disait se sentir comme dans le film Lost in Translation.

 

Dialogue de sourds
 
Ma mère, toujours prête à se battre contre l’adversité

 

Langage et culture, les barrières humaines entre deux nations



 
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